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28 mars 2008
Histoire en rayons

Je commence à me dire que je suis bien tombée. «Si tu veux que je te parle de mon quartier, je ne vais pas être objectif, je vais le défendre. Ici les gens ne sont pas pareils qu’ailleurs. On ne va pas te regarder de haut en bas dans la rue parce que tu es une Française blonde ou un Rebeu. Je me sentirais pas aussi à l’aise dans le Vieux-Lille ».
Mohammed joue avec un élastique, pas nerveux mais concentré. « Tout le monde se connaît ici. Si tu viens avec moi et qu’on marche le long du boulevard, tu verras : les gens me disent bonjour. Le centre social réunit un peu tout le monde. Ma voisine d’en-dessous, elle me mouchait le nez quand j’étais petit ».
Après avoir travaillé pour Decathlon et IBM, ce trentenaire s’est fait embaucher par la bibliothèque. « J’ai eu de la chance. Dans une bibliothèque les gens croient qu’on prend des livres et qu’on part, mais c’est faux. Je travaille avec les écoles du quartier, je reçois même la classe de mon fils. » Mon interlocuteur connaît le coin et ne va pas s’en aller de sitôt. « Si je pouvais acheter une maison sur le Vieux-Faubourg, ça serait le top ». Le top, continuer à habiter ici, au milieu de sa famille et de ses souvenirs. « La mairie nous a fait un beau cadeau», dit-il en désignant par la fenêtre un terrain de foot verdoyant. « Avant, le terrain était en schiste. J’y ai joué et mes deux enfants aussi, ils revenaient à chaque fois avec les genoux écorchés ». Incontournable au Faubourg, le maire revient sur le tapis. « Martine Aubry et Walid Hanna ont fait beaucoup. Quand il y a une fête elle est là, mais je l’ai aussi vue pendant les émeutes. Elle prend pas les gens pour de la merde. »
Mohammed regrette la mauvaise image du Faubourg : il est fier de sa mixité. « Ici les gens ont tellement l’habitude de l’immigration, ils connaissent même nos fêtes. Noël et l’Aïd, ça devient un échange. Ce qui me dérange c’est que si un jeune fait une connerie on va en parler dans les journaux, sans savoir que d’autres aident les vieilles dames à traverser la rue. Des gens qui font du bénévolat, je t’en présente 20, 30 demain matin. » Il reconnaît les défauts du quartier, comme « le manque de taf pour la jeunesse, mais ça c’est pas la faute du quartier, c’est au niveau national ».
Satisfaisant comme premier contact. Mohammed est prêt à me présenter d’autres habitants, pour que j’avance petit à petit.
15:15 Publié dans Portraits | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

Commentaires
Pas mal pour un début, petite bloggeuse ;) j'aime bien la juxtaposition journalisme // tes propres sentiments. Quel talent !
Je t'ai mis en blog amis, donc t'as pas le choix : fais pareil :)
http://helloaleurope.blogspot.com/
youuuhou
à tout de suite
Ecrit par : Elo | 28 mars 2008
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